Une coïncidence n’est qu’une explication qui attend son heure…  nous dit la romancière américaine, Kate Atkinson.  Explications… En mai dernier le directeur régional de la santé publique, le docteur Gilles W Grenier publiait son Rapport sur les inégalités sociales de santé.  Au même moment, l’Assemblée nationale adoptait le Projet de loi 34, Loi pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires (OVT)

 Or le Projet de loi 34 rejoint en grande partie ce que dit le rapport du directeur de santé publique pour réduire les inégalités sociales de santé.

Je rappelle d’abord que ce rapport nous informe que les inégalités font mal. Dans notre région, elles privent les personnes les plus défavorisées de cinq à six ans d’espérance de vie. Elles accablent les communautés les moins bien nanties de huit fois plus de signalements jeunesse que les communautés les plus avantagées. Le rapport nous apprend également que les inégalités ont une adresse. Les premiers quartiers de nos villes sont durement touchés par un surcroît de décès et de problèmes sociaux. Et puis, reprenant une citation de Christian Baudelot selon qui l’ordre d’arrivée au cimetière est le classement final d’une hiérarchie sociale implacable, le rapport du directeur affirme: les inégalités ne sont pas une fatalité ! Elles ne relèvent pas de la génétique humaine mais de l’organisation sociale. À ce titre, on peut les réduire de façon significative.  

On peut réduire les inégalités en commençant bien sûr par faire tout ce qui est possible de faire au sein du secteur de la santé lui-même. En plaidant d’abord pour la nécessité de nos programmes et nos politiques publics. Puis en adaptant ces programmes et ces politiques aux besoins et aux caractéristiques de nos quartiers, de nos paroisses ou de nos villages.  En faisant surtout de la réduction des inégalités une priorité égale à  la lutte contre le cancer ou au désencombrement des urgences.

Mais ceci étant, il faut aussi insister sur le fait que plus d’égalité en matière de santé ne relève pas que du secteur de la santé.  Il importe donc d’investir résolument le domaine de l’action intersectorielle, grâce à la contribution de l’éducation, de la culture, des affaires municipales, des entreprises, des organismes communautaires… Et attention, en investissant non pas une action intersectorielle  théorique et remplie de bonnes intentions, mais une action intersectorielle incarnée, calée dans les ancrages que sont nos milieux de vie, solidement relayée par de l’action bénévole et de la participation citoyenne, etc.  

Or que dit  le Projet de loi 34 ?  Il dit que le Québec est composé de territoires qui ont des défis et des potentiels qui leur sont propres; que  l’occupation et la vitalité des territoires passent par la mise en valeur des potentiels de chaque territoire, dans une perspective de développement durable, résultant de l’engagement et du dynamisme des citoyens, des élus et des acteurs socio-économiques; que l’action gouvernementale est modulée pour tenir compte de la diversité et de la spécificité des territoires, ainsi que de la recherche de l’équité entre les territoires et les collectivités.

 Le rapport du directeur de santé publique se conclut en invitant tous les acteurs régionaux à travailler dans les milieux de vie en renforçant la capacité d’agir des individus et des communautés, cela en mettant sur pied des projets qui aident les gens à se prendre en charge et à améliorer leurs conditions d’existence. Une invitation qui n’est pas étrangère à ce que l’on retrouve dans le Plan d’action gouvernemental pour la solidarité et l’inclusion sociale (PARSIS) et du Fonds québécois d’initiative sociale de la Mauricie (FQIS); une invitation qui rejoint en tous points le Plan quinquennal de développement régional de la Mauricie, notamment l’orientation 3 concernant la qualité de vie des communautés; une invitation enfin qui va dans le sens de la Stratégie gouvernementale de développement durable.

 Pour le moins, on assiste, comme on le dit, à un alignement des planètes.

Quand le directeur de la santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec nous dit que les inégalités sociales de santé ne sont pas une fatalité. Quand il nous dit que l’on peut les réduire; quand, au même moment, ses vis-à-vis de la Conférence régionale des élus de la Mauricie, du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire ainsi que du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale défendent à leur façon la même cause; alors le projet de faire de la Mauricie une région plus égalitaire, plus juste, en meilleure santé et plus forte que jamais du potentiel de ses individus et de ses communautés n’est pas une affaire de prophétie. C’est une question qui relève de notre bon vouloir. Maintenant, à nous d’y voir !