L'enjeu entrepreneurial du temps

Vous avais-je parlé de ma grande préoccupation pour cet enjeu de la culture entrepreneuriale : le temps? Les chercheurs de Créativallée (Lille, Pas-de-Calais, France) considèrent qu’il est l’un des sept enjeux de la culture entrepreneuriale. Les autres sont : enjeu culturel, méthodologique, de compétitivité, de processus, de développement axé sur la croissance des TPE/PME et enjeu du développement endogène.
Il m’arrive bien souvent de me questionner sur la volonté de nos leaders d’inscrire véritablement le développement de la culture entrepreneuriale dans le temps. J’évoquais un peu cette absence de continuité lorsqu’en mars, je vous parlais des trop nombreux ministres de l’éducation qui se sont succédé à la tête de notre système depuis Paul Gérin-Lajoie. Le retour de Madame Courchesne renforce cette conviction.
Les personnes de passage, trop occupées qu’elles sont d’obtenir des résultats à court terme, sinon peu enclines elles-mêmes à se propulser dans le temps, résultat de leur absence de vision ou de leur vision différente des choses, vont plutôt orienter leurs actions sur le court terme. C’est malheureusement ce que nous observons chez tous les carriéristes et ceux qu’on affecte et réaffecte sans offrir aux milieux la stabilité nécessaire à tout changement durable. Orientation plus facile, nécessitant moins de force de persuasion, résultats plus immédiats et politiquement plus payants.
Dans mon accompagnement des communautés entrepreneuriales, j’insiste toujours sur ce facteur déterminant qu’est le temps. Lorsqu’une MRC compte 8, 10, 12 municipalités, que les indicateurs d’un CLD imposent une cadence accélérée ou qu’une commission scolaire compte souvent plus d’une cinquantaine d’établissements à mobiliser, le défi est grand quand il s’agit de développer une vision commune en solidarisant nos leaders-clés sur un développement de la culture entrepreneuriale à long terme.
Comment développer une communauté entrepreneuriale plus forte, basée sur le développement endogène, axée sur la valorisation du goût d’entreprendre et l’ esprit d’entreprise, de plus en plus attractive et inclusive sans se donner le temps de transformer les mentalités et de faire des valeurs entrepreneuriales, des valeurs partagées?
Il faudrait surtout ne pas abandonner, pour toutes sortes de considérations politiques, économiques et institutionnelles, le projet de société que nous souhaitons réaliser en Mauricie afin qu’il dispose des 20 à 25 ans d’efforts que nécessite un basculement des valeurs et qu’au-delà des emplois, il y ait les porteurs de projets, les intrapreneurs, les travailleurs autonomes et les entrepreneurs.
Le temps est nécessaire à la transformation des mentalités et à la dynamisation de la communauté car les valeurs entrepreneuriales d’autonomie, de créativité, de solidarité et de leadership, entre autres, ne sont jamais acquises définitivement. N’avez-vous pas été témoin, un jour ou l’autre, de la rupture qui s’opère lorsque le leader, celui qui propose la vision et inspire l’action, doit partir? Pour la survie de cette vision, il faut donc, peut importe le leader, l’inscrire dans le temps et, surtout, ne pas abandonner!