Quand le développement s’en remet aux seules lois du marché, les entreprises assument des risques, récoltent des profits ou endossent des pertes. Dans tous les cas, elles externalisent une certaine partie des coûts de production. C’est en effet la société toute entière qui assure la formation de la main d’œuvre, qui finance les infrastructures reliées au transport, qui paie pour les impacts altérant la qualité de l’eau, de l’air et du sol, qui règle la note pour les soins de santé… Et ainsi de suite.  Serait-il possible de procéder autrement ? Se peut-il qu’une entreprise soit à valeur ajoutée au regard de la qualité de l’environnement, de la création de nouveaux savoirs, du développement de la formation, de l’essor artistique, de la participation citoyenne, de la protection du patrimoine et de la revitalisation d’un quartier ? 

C’est à ce défi que se sont attaqué les promoteurs du premier projet d’éco-hôtel-école à voir le jour au pays. Bien attachés à la deuxième Charette de Design intégré pour l’aménagement de l’édifice Ameau du centre-ville de Trois-Rivières, ils ont réuni de nombreux experts comme des architectes, des gens de métier, des gestionnaires, des intellectuels et autres citoyens intéressés par la qualité de leur environnement. Ces derniers ont planché sur la façon d’allier tourisme et écologie, construction et aménagements viables, développement durable et prospérité des communautés.  De là, mais aussi à partir de la tête et du cœur des concepteurs de la première heure, est né l’Écol’Hôtel K de Vire-vert.

Ce  projet estimé à 10 millions $ comporte de nombreux avantages.  Louise Plante en reprenait quelques-uns dans une livraison récente du  Nouvelliste. Je la cite : « création d’une cinquantaine d’emplois, mise sur pied d’un fonds issu des surplus pour des projets de développement durable de notre communauté, mise en place d’une plateforme de vente pour les artistes de la région, lieu de pratique supervisé pour des étudiants dans différents secteurs, notamment en hôtelleriecertification LEED, donc moins de gaz à effet de serre, moins de déchets, moins d’eau gaspillée ».

Plusieurs organisations régionales endossent ce projet, notamment le  Conseil d’administration de la CRÉ  et la Direction de la santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Elles le font pour de multiples raisons.

J’en ajoute une. L’Éco’Hôtel K comporte une dimension communautaire qui n’est pas banale. Voilà un projet issu de la communauté pour la communauté. Il participe à une démarche de  revitalisation qui offre, entr’autres, une solution crédible à l’épineuse question de la gentrification,  un phénomène en émergence dans notre région[i] mais plus répandu ailleurs au Québec et dans le monde.

La gentrification se produit quand des acheteurs, attirés par les bas-prix des logements et la situation stratégique des premiers quartiers des grandes villes, achètent massivement, rénovent à grands frais et poussent ainsi à la hausse les valeurs immobilières. Ceci a pour conséquences bien sûr d’obliger plusieurs personnes défavorisées à déménager vers des quartiers moins en demande. Une façon de marginaliser toujours davantage la pauvreté. Mais la gentrification n’est pas une fatalité. Un heureux équilibre entre les forces du marché, les pouvoirs publics et le développement communautaire peut en contrer les effets.

Ce à quoi s’appliquent les promoteurs de  l’Éco’Hôtel K. Ils prônent notamment l’embauche des résidents qui habitent dans les environs de l’hôtel. Ils s’engagent même à faire des efforts particuliers en matière de formation pour s’assurer qu’un nombre significatif d’entre eux puissent  appliquer sur les postes qui seront offerts, en dépit de certaines carences de départ. Au surplus, l’Éco’Hôtel, en mettant l’accent sur  des plats préparés localement et en vendant des œuvres et des meubles de différents artistes d’ici, donnera un coup de pouce à des petites entreprises et à des commerces locaux, procurant du travail à d’autres résidents des premiers quartiers et incitant plusieurs autres à se regrouper, à mettre sur pied des coopératives ou à développer divers types de projets. C’est ainsi, petit à petit, qu’on en vient  à améliorer les conditions de vie de toute une population locale et à favoriser de surcroît une plus grande mixité urbaine. Ce qui s’appelle lutter contre la pauvreté plutôt que de repousser les pauvres à la périphérie.

Voilà de quoi inspirer d’autres développeurs partout en Mauricie !    


[i] Tel que nous pouvons le constater à la lumière des travaux que nous menons depuis une quinzaine d’années sur le développement socio-économique et sociosanitaire des communautés locales de la région.