Undervelier dans le Jura en Suisse. ©undervelier.ch

Je suis arrivé en Mauricie un 3 octobre. Je suis convaincu que tous les immigrants se souviennent de la date de leur arrivée. C’est une date aussi importante que la date de naissance de nos enfants ou celle de notre mariage. Pour les immigrants, cette date symbolise le départ d’une nouvelle vie.

Le 3 octobre, l’adrénaline coule en nous. On croit que le monde est à nos pieds et que tout est possible. On se réveille à Undervelier, dans le Jura, en Suisse. On se couche à Trois-Rivières, au Québec, au Canada.

La journée aura été longue et pleine d’émotion. Il y a eu le déchirement de laisser sa famille et ses amis sur le vieux continent. Il y a eu 8 h d’avion: longue introspection. Il y a eu l’arrivée sur le nouveau continent. Il y a eu l’appel pour dire qu’on est bien arrivé. Il y a eu le doute, il y a eu la joie, il y a eu la peine. Cette journée n’est pas comme les autres, elle aura duré 30 h.

On ne mesure pas encore l’impact de notre départ. D’ailleurs, serait-on parti si on avait pris le temps de mesurer tous les aspects de cet abandon? Pas sûr ! Il faut certainement une bonne dose d’inconscience et de confiance pour risquer le départ, mais il faut surtout un regard tourné vers l’avenir et savoir se jeter à l’eau. Il faut regarder ce qu’on va vivre et non ce qu’on aurait pu vivre.

N’avoir aucune date de retour sur un billet d’avion est un pari avec la vie. Il s’agit d’un adieu et non d’un au revoir. On peut presque appeler ça la liberté.

© Airtransat

Le 4 octobre, Trois-Rivières se réveille sous les couleurs de l’été indien. On découvre les décorations de la prochaine fête : l’Halloween. Chez nous, on ne fête pas l’Halloween. Chez nous, on n’a pas de centre commercial aussi grand. Chez nous, on utilise beaucoup les transports en commun. Chez nous, on taxe les ordures. Chez nous, on n’a pas de dépanneurs. Chez nous, on ne mange jamais asiatique. Chez nous, on n’a pas de grande ville. Chez nous, tous les commerces sont fermés le dimanche. Chez nous, il y a toujours une montagne qui en cache une autre. Chez nous, etc.

Ce « chez nous » va envahir toutes nos paroles. Les premiers mois seront faits de comparaisons. Ils nous aideront à prendre nos repères et à nous rassurer. Ce mode de pensée nous aidera à distinguer la différence culturelle à laquelle on est confrontée.

Tranquillement, ce « chez nous » va se transformer par « En Europe ». On s’y référera de moins en moins. On parlera comme les gens d’ici avec un accent. On sera bercé par notre nouvelle routine. Les références de lieux, de cultures, de politique, de sport ne nous serons plus étrangères. Nous ferons partie de la gang.

Et puis un jour, sans nous en rendre compte, le «chez nous» sera Trois-Rivières. Lorsqu’on retournera en Europe voir les amis et la famille, on leur racontera notre vie en commençant nos phrases par «Chez nous, …» C’est à ce moment-là qu’on aura réellement terminé notre immigration. On deviendra alors le plus bel ambassadeur de notre région: la Mauricie.

La rue Des Forges de Trois-Rivières. ©Ville de Trois-Rivières

Nicolas Simon
http://www.nicolas-simon.biz