Réflexions sur la biomasse comme source de biocarburants
de Vitorià, Brésil lors du International Research Management Comité.

L’équipe des leaders du TAPPI International Research Management Committee (TAPPI-IRMC), maison de réception de Fibria, Brésil: de gauche à droite, Gilles Garnier, 1er vice-président IRMC, directeur de l’institut de recherche université Monash (Australie), Alex Koukoulas, président IRMC, président ANP, Patrice Mangin, président sortant IRMC, directeur général CIPP/UQTR (Canada), Ergilio da Silva, vice-président développement technique, Fibria (Brésil, hôte), Norman Marsolan, président TAPPI, Directeur Institute of Paper Science and Technology (Atlanta, USA), David Bell, vice-président, affaires internationales, TAPPI.
Pour ce blogue, j’ai eu quelques hésitations tant les sujets étaient nombreux. Suite à de récentes missions d’étude de différentes approches de traitement de la biomasse chez quelques chefs de file au niveau mondial, j’ai consolidé notre approche régionale de traitement de biomasse forestière dans le cadre du projet de La Tuque. Professeur depuis à peine sept ans, je reste persuadé que la connaissance livresque se valide sur le terrain : d’où mes récents déplacements d’études en France, en Scandinavie, en Chine et au Brésil. Dans le cadre d’une mission organisée par le CRIBIQ, en parallèle d’une conférence tenue à Orléans sur l’utilisation des sucres pentoses (à 5 atomes de carbone), j’ai eu l’opportunité de visiter quelques sites représentatifs dont le complexe agro-industriel des Sohettes (Bazancourt, France). La France est un leader européen en ce qui concerne la production de produits à base de biomasse agricole. Dans une mission organisée par le gouvernement fédéral en Suède et en Finlande , en parallèle d’une conférence sur l’utilisation de la biomasse de bois (Northern Wood Biorefinery Conference), j’ai pu évaluer les avancées tant internationales que scandinaves sur l’utilisation de la biomasse forestière dans les pays nordiques (Blogue 14 juin 2011). La Scandinavie fait souvent figure de leader sur l’utilisation en développement durable de la biomasse forestière. En Chine, participant comme président de l’association technique canadienne des pâtes et papiers, à une conférence sur la mise en pâte mécanique du bois, tenue à Xi’An, la patrie des guerriers en terre cuite, j’ai eu l’occasion de comprendre l’approche prise par la Chine. La situation chinoise inquiète. La Chine, en grave déficit de bois et de biomasse, projette en effet de nombreuses plantations forestières, dont d’Eucalyptus, arbre originaire d’Australie qui fait les beaux jours du Brésil. La boucle est bouclée. Toutes les informations recueillies au cours de ces missions m’ont permis entre autres de valider le projet La Tuque et d’actualiser un tout nouveau cours universitaire que j’ai développé sur la conversion thermochimique de la biomasse.
C’est donc de Vitorià au Brésil que j’ai écrit ce blogue Mauricien qui traite de mon sujet favori : comment utiliser nos forêts et notre biomasse dans une approche de développement durable. Le Brésil projette d’augmenter la production de bois d’Eucalyptus de 10 millions de tonnes par année d’ici 2020, ce qui représente une demande en terres cultivables d’environ 1,3 millions d’hectares. Si les plantations actuelles en Eucalyptus représentent 4,7 millions d’hectares, les plantations en canne à sucres pour la production d’éthanol sont de près de 15 millions d’hectares et en augmentation constante. Le Brésil considère aussi utiliser les résidus de canne à sucre, les bagasses, pour faire de l’éthanol cellulosique : ce qui rejoint nos intérêts. Pour le Brésil, la compétition reste au niveau de l’utilisation des terres pour l’agriculture et l’épuisement éventuel des sols quoique, dans ce domaine, des projets sont initiés pour vérifier ces bilans et prendre les mesures nécessaires. Ce n’est pas un problème que nous avons en Mauricie, plus particulièrement au nord de La Tuque. Dans un contexte de globalisation qui semble vouloir se poursuivre, il est intéressant d’évaluer la portée du projet dans le contexte mondial. La Mauricie a tout le potentiel de se positionner comme une région pionnière dans ce qui se fait de mieux dans une approche de développement durable d’utilisation de la biomasse forestière. Doit-on rappeler que cela implique autant les aspects environnementaux qu’économique et sociaux? Chez nous, les résidus forestiers utilisables ne compétitionnent pas avec des terres

Usine de pâte d’eucalyptus, Fibria Aracruz Unit, la plus grande usine de pâte d’Eucalyptus au monde, avec une production annuelle de 2,3-2,4 millions de tonnes de pâte d’Eucalyptus. Cette usine est entourée de plantations d’Eucalyptus qui l’alimente, et ce, dans un rayon de 230 km.
agricoles : on ne fera pas pousser des hectares d’ananas à Parent… De plus, en Mauricie, nous pouvons utiliser 650,000 tonnes par année de résidus forestiers sans impact sur la productivité des sols. La production éventuelle de biodiesels à partir de toute cette biomasse aura un impact qui ne sera pas carboneutre mais positif en ce sens que ces biodiesels déplaceront l’utilisation de carburants fossiles et réduiront donc la libération de dioxyde de carbone fossile. Au niveau régional, c’est donc tout bénéfice : impact environnemental positif, développement de l’économie et création d’emplois (aspect social du développement durable). Encore faut-il, comme je le dis souvent, prendre les bonnes décisions rapidement. L’urgence m’apparaît de plus en plus évidente quand je compare et j’analyse notre potentiel par rapport à ce qui se passe ailleurs dans le monde. Notre objectif régional commun peut faire en sorte que la Mauricie devienne un leader mondial de fabrication éco-responsable de biodiesels. Tout un rêve et tout un défi mais nous avons chez nous les personnes tant dans l’industrie, qu’aux gouvernements qu’à l’université pour réussir. Selon l’adage de penser globalement et d’agir localement, c’est ce que nous nous proposons de faire avec un vrai projet régional, le projet de la ville de La Tuque.
| Cette entrée a été posté par Patrice J. Mangin le 18 novembre 2011 à 10:00 , et placée dans Développement durable, Énergie, Foresterie, Mauricie, Ressources. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont fermés pour l'instant |
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