J’ai 48 ans.  Je sais…je l’avais déjà écrit dans un autre article.  Je le rappelle pour ceux qui me lisent pour la première fois.  Mais, dans ma tête, j’ai 28 ans.  Je pense que je suis normal et que c’est le même phénomène pour tout le monde.  Non pas que je refuse de vieillir ; j’ai simplement l’impression que ma tête et mon corps n’avancent pas au même rythme !  Puis, tout comme dans la vingtaine, je rêve encore de changer le monde.  Rêveur, me direz-vous !  Mais je ne fais pas que rêver…j’y travaille à tous les jours.  Parce que j’ose croire qu’on peut faire une différence si on y croit…si on est assez fou pour suivre ses idées, ses rêves, ses aspirations. Et si on persévère.

Par contre, depuis quelques temps, un doute s’installe dans ma tête.  Changer le monde…serait-ce une tâche trop grande pour moi ?  Suis-je en train de ramollir un peu ?  Est-ce parce que je suis mûr pour des vacances ?  À ces trois questions, je répondrai non, non et oui…je suis mûr pour les vacances.  Mais plus sérieusement, je crois plutôt que la vie me rattrape et que je me rends compte que plutôt que de changer le monde, je devrais plutôt travailler à changer du monde ; tenter d’avoir une influence positive sur les personnes de mon entourage ; être contaminant par mes actions, mes valeurs,  par la poursuite de mes convictions au quotidien.  De les impliquer dans mes projets, de ne pas craindre de faire appel à eux pour réaliser petits et grands projets.

Car il est bien là le défi dans nos communautés.  Nous devons accepter de consacrer des efforts si nous voulons changer nos milieux.  Pas seulement donner des idées….plutôt faire des projets… et à impliquer des gens qui nous entourent.  Il est faux de penser que la transformation de nos milieux doit reposer sur les élus.  Les élus constituent une pièce du casse-tête.  Je vois des gestes extraordinaires à tous les jours, dans les toutes petites communautés.  Des hommes, des femmes, des jeunes et des aînés qui acceptent de s’oublier un peu pour la communauté, pour leur groupe d’appartenance ou pour une cause.  J’en rencontre régulièrement dans les centres d’action bénévoles, dans les associations de loisirs, dans les écoles, …

À Saint-Narcisse, il y a trente ans, un groupe de jeunes fous rêvaient de changer le monde…mais surtout de changer le climat de morosité qui prévalait dans leur municipalité, aux prises avec la crise économique du début des années ’80.  Ils ont ainsi créé la Fête de la Solidarité, travaillé à mettre en place un climat positif dans la communauté et à contaminer leur entourage.  Ils ont oublié une partie de leurs vacances estivales, beaucoup de soirées et de week-ends.  Cela a-t’il fonctionné ?  Certainement ; parce qu’aujourd’hui, ce sont en partie leurs amis, leurs enfants et les gens qu’ils ont contaminé qui poursuivent ce qu’ils ont débuté…et qui contaminent leur entourage à leur tour.  Saint-Narcisse et sa Solidarité n’ont pas changé le monde…mais ont contribué à changer du monde…qui eux, continuent de vouloir changer le monde.